Evaluation intermédiaire de la Stratégie de Spécialisation Intelligente (S3) wallonne : restitution des résultats

Evaluation intermédiaire de la Stratégie de Spécialisation Intelligente (S3) wallonne : restitution des résultats
Cette année 2025 fut marquée par la mise en œuvre d’un chantier d’envergure : l’évaluation intermédiaire de la S3. Cette évaluation, inscrite à la fois dans un cadre politique et dans un cadre opérationnel, s’est penchée sur les actions déployées entre janvier 2021 et août 2025.

La mise en œuvre de cette évaluation intermédiaire fut portée par la Direction de la Politique économique du SPW Economie Emploi Recherche, en partenariat avec Technopolis Group et l’appui méthodologique de l’IWEPS.   

L’évaluation intermédiaire, programmée dès le lancement de la programmation 2021-2027, a permis de répondre à un engagement explicite formulé dans la Déclaration de Politique Régionale (DPR) 2024-2029, qui identifie cette démarche comme un outil essentiel pour piloter, ajuster et renforcer l’action publique en matière d’innovation.   Sa mise en œuvre fut portée par la Direction de la Politique économique du SPW Economie Emploi Recherche, en partenariat avec Technopolis Group et l’appui méthodologique de l’IWEPS.   

L’évaluation souhaitait en particulier répondre à 4 objectifs :   

  • Dresser un bilan à mi-parcours de la mise en œuvre de la S3, afin de proposer, le cas échéant, des réorientations ciblées sur les feuilles de route des DIS, le policy mix mobilisé, et les modalités de gouvernance de la stratégie.   
  • Renforcer la lisibilité et l’appropriation de la S3par les acteurs économiques, académiques et institutionnels, en clarifiant son rôle dans le paysage régional de l’innovation.   
  • Consolider la structuration de l’écosystème wallon de l’innovation, en évaluant les dynamiques de coopération à l’œuvre autour des DIS et l’articulation entre dispositifs.   
  • Enfin, soutenir une démarche participativeen mobilisant le groupe de travail S3 (GTS3), les coordinateurs DIS, et l’ensemble des parties prenantes.  

Au terme de  7 mois de collecte de données, d’entretiens individuels, d’ateliers thématiques rassemblant plus de 200 personnes, d’analyse et de benchmarking, 8 recommandations clés ont été émises. Elles s’accompagnent de propositions opérationnelles ciblées prenant en compte les projets de réforme du décret R&D et de la politique de Clustering annoncés par le Gouvernement Wallon en octobre 2025, intimement connecté à la stratégie S3. La mise en œuvre de ces recommandations démarrera concrètement en 2026.   

Le rapport complet de l’évaluation intermédiaire, ainsi que le webinaire de présentation enregistré ce 03 avril 2026 sont accessibles sur notre site :

Quel bilan de mi-parcourspour la S3 wallonne?  

L’évaluation intermédiaire met en lumière les avancées réalisées depuis son lancement, tout en révélant des limites structurelles et opérationnelles de sa configuration actuelle. Si la S3 wallonne a permis de fédérer des acteurs variés autour d’écosystèmes d’innovation cohérents, elle demeure encore perçue comme une politique essentiellement axée sur la recherche, éprouvant encore des difficultés à opérer pleinement son rôle de levier de transformation industrielle et économique.  

La S3 wallonne se caractérise par une approche hybride, combinant orientations stratégiques descendantes (DIS) et dynamiques ascendantes (IIS). Cette configuration a favorisé l’émergence et la structuration d’écosystèmes diversifiés, incluant pleinement les acteurs de la quadruple hélice. Toutefois, la stratégie est restée principalement centrée sur des thématiques de recherches ciblées. Il convient de clarifier le positionnement de la S3 comme outil à la fois de politique industrielle et de valorisation économique, en conciliant dimensions sectorielles et transversales.  

Les priorités établies en 2021 au sein de la stratégie demeurent alignées avec les enjeux régionaux et européens actuels, bien que de nouveaux enjeux transversaux tels que l’autonomie stratégique, la sécurité ou la souveraineté technologique soient devenus plus prégnants aux côtés d'enjeux liés à la double transition. Sur le plan thématique, l’absence du secteur de la défense et, dans une moindre mesure, de l’aéronautique et du spatial, constitue un angle mort de la stratégie actuelle. Les forces et potentiels spécifiques de la Wallonie doivent toutefois être davantage analysés.   

L’objectif de concentration budgétaire de 75% des moyens de R&I sur les 5 DIS a été dépassé, avec 86% des budgets en RDI consacrés aux priorités des Domaines d’Innovation Stratégiques. Cependant, la concentration budgétaire observée s’explique notamment par une définition large des Domaines d’Innovation Stratégiques. La question du périmètre et du nombre d’IIS, ainsi que leur niveau de spécialisation se pose naturellement dans un contexte budgétaire délicat.   

Concernant les IIS, le recul temporel est encore insuffisant pour évaluer pleinement leurs impacts. On peut néanmoins affirmer qu’elles ont d’ores et déjà contribué à structurer les écosystèmes d’innovation, à accroître la visibilité des acteurs et à structurer de nouvelles chaînes de valeur. Les effets en termes de mise en réseau et d’internationalisation sont avérés, mais la fédération de projets demeure plus limitée. Par ailleurs, malgré une couverture de l’ensemble des niveaux TRL, peu de projets atteignent déjà une maturité commerciale, ce qui tend à confirmer la perception de la S3 principalement comme une politique de recherche plutôt qu’en tant qu’instrument de développement économique. Enfin, bien que la majorité des partenaires d’IIS soient des entreprises commerciales, leur implication dans les projets doit être renforcée. De même, leur participation aux instances de pilotage de la stratégie, reste à développer.   

Le policy mix mobilisé est riche et apprécié par les bénéficiaires, mais largement orienté vers des dispositifs de soutien à la recherche et à l’innovation. Les outils manquent encore de coordination entre eux et les synergies avec d’autres politiques clés de la Wallonie pourraient être renforcée. Globalement, la lisibilité des aides demeure complexe, limitant l’accès des TPE et renforçant le poids des acteurs déjà familiarisés avec les dispositifs de soutien. L’objectif initial de structuration globale des politiques de recherche, d’innovation et industrielles de la S3 wallonne n’est encore que partiellement atteint.   

Concernant la gouvernance de la stratégie, il apparait qu’elle souffre d’un manque de clarté dans les rôles et les interactions des différentes niveaux (GTS3, cellules de coordination, IIS). Par manque de dialogue, la gouvernance n'a pas encore permis de faire converger et de mieux aligner les politiques publiques wallonnes.La coordination interministérielle s’avère par ailleurs perfectible : un portage politique fort contribuerait à la mise en œuvre d’une S3 ambitieuse.  

Enfin, si l’approche bottom-up de la S3 wallonne a démontré sa capacité à structurer ou faire émerger des écosystèmes pertinents, elle a également généré une grande hétérogénéité de pratiques, parfois même une confusion quant à la nature et à la finalité des IIS. La réforme en cours du paysage de l’innovation, ainsi que la mise en œuvre des recommandations de cette évaluation intermédiaire devraient répondre à ces défis.  

Quelles recommandations pour l’avenir ?  

 

A l’issue de cette évaluation intermédiaire, 8 recommandations ont été émises. Portant tantôt sur la structuration même de la stratégie, tantôt sur ses composantes. Ces recommandations visent à améliorer l’écosystème actuel, tout en tenant compte des réformes en cours de déploiement.  

R1 : Faire de la S3 la stratégie de recherche – innovation – industrie de la Wallonie et l’aligner avec les autres stratégies wallonnes  

Afin de renforcer la S3 comme « stratégie ombrelle », il est proposé de faire évoluer la gouvernance à la fois sur le plan stratégique et opérationnel. Au niveau stratégique, il s’agit d’affirmer explicitement la S3 comme document de référence pour la politique R&I et industrielle, d’instituer un Comité d’orientation stratégique interministériel, de renforcer les échanges intercabinets et d’assurer une articulation cohérente avec les stratégies wallonnes (Digital Wallonia, Circular Wallonia, climaténergie) et les actions des agences, telles que Wallonie Entreprendre ou l’Agence du Numérique.  

Au plan opérationnel, plusieurs leviers sont identifiés : création d’un système d’information mutualisé des aides à l’innovation, développement d’une communication harmonisée autour de la S3, mise en place d’un outil unique d’orientation des bénéficiaires vers les dispositifs pertinents, et mobilisation de référents spécialisés au sein des administrations.   

R2 : Affiner la définition des priorités pour le futur, en prenant en compte les enjeux en évolution  

Cette recommandation vise à préciser la définition des priorités futures de la S3, afin d’en accroître la lisibilité et l’appropriation de la stratégie, en particulier par les entreprises, tout en clarifiant l’articulation entre domaines prioritaires et enjeux transversaux.   

L’approche proposée consiste à recentrer les priorités en y intégrant la réponse aux enjeux de transition industrielle, de sécurité et d’autonomie stratégique, tout en structurant les écosystèmes d’innovation autour d’opportunités applicatives concrètes.   

La simplification des intitulés des DIS et une focalisation accrue, possiblement via la suppression des aires stratégiques au profit de sous-priorités, permettraient une meilleure appropriation par les acteurs. Enfin, le maintien d’un budget R&I hors DIS — autour de 75 à 80% de concentration — garantirait la capacité d’intégrer des priorités émergentes.   

R3 : Simplifier les feuilles de route des futurs DIS pour en faire un réel outil d’orientation vers la mise sur le marché pour les parties prenantes  

La simplification des feuilles de route des futurs DIS vise à en faire de véritables outils d’orientation vers la mise sur le marché. L’enjeu est d’accroître leur lisibilité, de clarifier les priorités et modalités d’action, et de favoriser leur appropriation par l’ensemble des parties prenantes. Enfin, un cycle de mise à jour permettrait d’ajuster les priorités en cours de programmation.  

R4 : Accroître la participation des entreprises wallonnes à la Gouvernance de la S3  

Cet axe vise à renforcer l’implication des entreprises dans la gouvernance de la S3, afin d’assurer un pilotage plus directement connecté aux besoins économiques du territoire.   

Dans le même esprit, la création d’un Comité d’orientation stratégique coprésidé par un ministre et un chef d’entreprise, ainsi que l’intégration de représentants économiques au GTS3, doit renforcer le poids du secteur privé. Les futurs écosystèmes d’innovation devront être co-portés par des acteurs économiques et académiques, et orientés vers des activités proches du marché (feuilles de route technologiques, projets démonstrateurs, mise en relation startups/industries). Enfin, une communication plus mobilisatrice, centrée sur des « success stories » et potentiellement appuyée par un label « Entreprise S3 », pourrait accroître l’adhésion des entreprises.   

R5 : Orienter davantage le policymix wallon vers la mise sur le marché des innovations  

Afin de réorienter le policy mix wallon, la création d’une cartographie complète et actualisée des aides est préconisée.  L’objectif serait de repositionner chaque outil au regard des futurs DIS, d’identifier les lacunes par type d’acteur ou niveau de maturité technologique, et d’améliorer la lisibilité pour les bénéficiaires. Plusieurs évolutions sont proposées : une plus grande flexibilité des aides à la R&D, la modernisation des avances récupérables et le financement de pilotes préindustriels ; la mobilisation accrue des marchés publics comme levier d’expérimentation, et une meilleure intégration des start-ups, spin-offs et scale-ups dans les clusters et écosystèmes d’innovation, afin de renforcer leur mise en réseau et leur diffusion technologique.   

R6 : Arrimer les futurs Ecosystèmes d'innovation aux Clusters d'innovation  

L’arrimage les futurs écosystèmes d’innovation aux Clusters d’innovation permettrait de renforcer la lisibilité du paysage et de préserver la dynamique bottomup qui a caractérisé les IIS. Deux scénarii sont proposés : le premier intègre les écosystèmes au sein des clusters, qui en assurent l’animation et la sélection via un cadre commun ; le second maintient des écosystèmes distincts mais rattachés à un DIS. Dans ce modèle, les clusters assurent l’ingénierie de mise en réseau et le secrétariat opérationnel, tandis que la gouvernance des écosystèmes repose sur une coprésidence Entreprise/Recherche.   

R7 : Créer un socle ou cadre commun d’objectifs, missions et attendus vis-à-vis des futurs Ecosystèmes d’innovation  

Cette proposition suggère de poser un cadre plus clair pour le déploiement des futurs écosystèmes d’innovation, afin de remédier à la souplesse initiale qui avait conduit à une grande hétérogénéité et à une faible lisibilité de l’écosystème pour les entreprises. Il est proposé de définir une logique d’intervention claire : un socle minimal d’activités devra être imposé comprenant l’élaboration d’une feuille de route stratégique, l’identification et l’accompagnement de projets structurants majoritairement en TRL 68, et la mise en relation systématique des startups et spinoffs avec les industriels et financeurs.  

R8 : Suivre et consolider les partenariats nouveaux créés par les IIS pour maximiser les chances de succès lors des prochains appels à projets compétitifs européens (montée à l’Europe)  

Les efforts réalisés par les IIS en matière de partenariats et de visibilité internationale ont initié de nombreux projets à dimension européenne générateurs d’innovations de qualité. En poursuivant et consolidant les dynamiques initiées, cette dernière recommandation souhaite assurer le déploiement de projets européens à forte valeur ajoutée pour le territoire. Elle préconise un bilan semestriel des actions de montée à l’Europe, la poursuite de la prime Horizon Europe et l’examen de nouveaux dispositifs de cofinancement pour renforcer l’accès aux réseaux et programmes européens. Les clusters devront intégrer une stratégie de « montée à l’Europe » structurante pour chaque écosystème, tandis que le rôle du NCP devra être clarifié et coordonné avec les autres acteurs. Enfin, l’harmonisation des pratiques d’accompagnement garantira une cohérence d’action.   

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